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  • Emmanuelle Coratti

Léa Turcat, 33 ans, éleveuse atypique, accompagnée par Elevons pour l'avenir






Quel est votre parcours ? Comment êtes-vous devenue agricultrice ?


Je m’appelle Léa, j’ai 33 ans. Après un parcours - professionnel dans l’environnement en tant que gestionnaire des espaces naturels et à force de côtoyer le monde agricole, j’ai désiré me reconvertir vers l’agriculture. Pour moi finalement c’était une prolongation de mon métier de préservation des espaces naturels, l’agriculture et l’environnement étant liés.

Je suis d’abord partie dans les Alpes avec mon chien, pour travailler en tant que bergère itinérante au rythme des transhumances entre les collines Provençales en hiver et les alpages de haute montagne en été. Durant 4 ans, j’ai gardé des troupeaux de brebis allaitantes allant de 300 à 2000 brebis. -  N’étant pas originaire des Alpes, je suis revenue m’installer à mon compte dans l´Ouest. 

Je suis originaire des Deux Sèvres et je suis rentrée avec le projet de m’installer en élevage ovin avec mon compagnon. C’est finalement en Vendée que nous avons choisi de reprendre un élevage de vaches charolaises en système naisseur-engraisseur. La ferme était déjà en place, en Bio depuis 2001 et tenue par une agricultrice. Avec des bêtes menées à l’herbe toute l’année et un vrai travail sur les haies bocagères. Dans mon projet d’avoir une ferme autonome et économe c’était une ferme parfaite ! Nous l’avons reprise telle quelle avec des ventes en filiere longue Bio et maintenu les ventes directes à la ferme. 

Pour pouvoir travailler à deux sur la ferme, nous avons ajouté un atelier ovin allaitant. Nous avons eu la chance de pouvoir reprendre un troupeau entier et déjà en rythme de croisière: de brebis Hampshire Down. Ces belles anglaise rustiques seront menées en plein air intégral. Nous proposerons de l’agneau en filière longue Bio et en vente directe à la ferme.

Les deux activités d’élevage sont très complémentaires du point de vue des pâturages, les vaches permettant de pré-couper les herbes à une hauteur plus adaptée aux brebis, mais supprimant également de nombreux parasites. Nous avons par ailleurs développé le projet de revaloriser la laine du troupeau.


Un beau projet, qui comporte plusieurs dimensions, donc potentiellement plus robuste ? A-t-il été reçu comme tel ?


Bien que ce projet fasse beaucoup de sens d’un point de vue écosystémique, nous avons eu des difficultés à le « vendre » aux financeurs et au monde agricole peu habitué en Vendée à ce mode de pâturage mixte, alors que ceci est très commun dans les Deux Sèvres. Nous ne sommes pas encore au bout du chemin et tous les fonds n’ont pas été débloqués. Maxime mon conjoint s’installera l’année prochaine. Notre projet est finalement considéré comme atypique, et notre maîtrise des brebis n’est pas toujours suffisamment rassurante pour la reprise d’un cheptel bovin. Il a fallu faire beaucoup de dossiers, chercher des financements participatifs et nous avons du coup pu bénéficier du soutien d’Elevons pour l’avenir, d’un point de vue financier mais aussi par un « marrainage » qui s’avère très utile. Une agricultrice encore en activité est ma marraine et peut m’aider en cas de difficultés et c’est précieux. Je suis bien entourée également de mes voisins actifs et des cédants.


Le fait que vous soyez une femme a-t-il eu un impact sur votre installation ?


Je dirais que cela dépend des personnes et des générations. Le fait que l’on soit un projet bio, mixte, atypique, et qu’on veuille valoriser la laine nous a confronté à une diversité de réactions et le fait que je sois de surcroît une femme n’a pas aidé. Mais je suis déterminée et j’ai toujours joué la carte de l’honnêteté, notamment par rapport à mon projet de laines. C’est déstabilisant de défendre son projet à plusieurs reprises face à des jurés qui cherchent la faille mais j’ai tenu bon et il était essentiel que j’aie un ancrage.

 

Comment voyez vous le lien entre agriculture et environnement à l’heure où les débats médiatiques les opposent régulièrement ?


Pour moi c’est totalement relié et mon métier d’agricultrice est une prolongation, une mise en pratique, par un métier complet, de la prise en compte d’un environnement. L’élevage doit s’appréhender de manière globale en intégrant le maintien de l’environnement. L’agriculture est un métier du vivant, de la terre et cela mérite d’être mis en avant. Le fait de venir de l’environnement et de côtoyer puis rejoindre l’agriculture me fait porter un regard différent. Pour moi, il est essentiel de réconcilier les deux, et tout discours ou politique qui viserait à les opposer est un non-sens. C’est précisément pour cela qu’en tant que gestionnaire d’espaces naturels j’ai souhaité poursuivre en agriculture. Les agriculteurs sont en première ligne, ce sont eux qui prennent les décisions. Au-delà de ma passion pour l’élevage, c’est le lien au bocage qui me porte. Il faut faire entendre cette voix !



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