• Emmanuelle Coratti

PARRAINAGE AGRICULTEURS / JEUNES URBAINS. Interview d'un binôme 100% féminin

Dernière mise à jour : 6 juil.


Quel a été votre parcours ?


Emeline (marraine) : j’ai fait une école d’ingé agro à Toulouse, un choix par défaut car au départ, je souhaitais faire véto. C’est grâce à un stage en première année que j’ai découvert l’agriculture biologique, dans une ferme à côté des Vosges. Cela m’a permis de changer de regard sur les espaces agricoles, le développement de l’agriculture en local, avec un cheminement logique de la graine à la nourriture. De voir tout le cycle, pas juste la production, les relations avec le territoire et le monde du vivant. Je suis restée dans cette envie de relier agriculture, biodiversité et agroécologie. J’ai d’abord travaillé dans une ONG, en lien avec les territoires et la biodiversité. En 2016, j’ai vraiment eu envie d’aller sur le terrain. C’est le documentaire Demain qui a initié cet élan. J’ai fait des formations courtes, quitté mon poste au sein de la fondation et appris le métier via une formation en maraîchage bio. J’avais l’envie de m’installer, mais de ne pas le faire seule. J’ai rejoint un maraîcher, avec lequel j’ai fini par m’associer après 6 ans d’étapes et de sécurisation. C’est un métier complexe, on apprend toujours !

Joanna (filleule) : j’ai un parcours d’école ingénieur généraliste au départ. J’ai rejoint une petite structure dans les énergies renouvelables dans laquelle j’ai travaillé pendant 14 ans. Ca a vraiment été une expérience très riche dans un secteur extrêmement dynamique. Les 2 fondateurs d'Akuo ont toujours œuvré en faveur de la transition énergétique et intégrant des volets agricoles sur nos centrales de production d'énergie. C’est un séminaire en 2014 à la ferme du Bec Hellouin et le film Demain qui ont été le déclic. Le secteur des énergies renouvelables me semble aujourd'hui mature alors que dans l’agriculture il me semble y avoir encore beaucoup de choses à créer, un modèle à continuer d'inventer. Je viens de commencer un BPREA (brevet professionnel d’exploitant agricole) à l’école du Breuil. Nous avons le projet, avec mon conjoint, de monter une exploitation maraîchère d’ici 3 à 6 ans.

Pourquoi avoir rejoint le parrainage agriculteurs / jeunes urbains de Back To Earth ?


Emeline : pour moi c’était hyper important de m’investir dans la transmission. De partager. Je l’ai beaucoup fait mais de façon ponctuelle et je trouvais intéressant de rentrer dans un programme plus cadrer, d’avoir un accompagnement dans la durée, d’avoir accès aux contenus que l’association produit par ailleurs et d’échanger avec d’autres binômes. Le hasard a bien fait les choses pour notre binomes (ndlr : il n’y pas de hasard, on a joué les bonnes fées en construisant des binomes qui nous semblait opportuns 😉). On a beaucoup de points communs. Avec la journée et les enfants, on s’est calé des séances de 2h le soir, en prenant des angles thématiques. Là on a été en pleine préparation de la saison, donc c’était un peu plus chaud ! On va se voir physiquement. Joanna va venir en stage sur l’exploitation. Ca va être top ! Et puis on apprend ensemble finalement

Joanna : cela m’intéressait de pouvoir échanger avec quelqu’un qui a eu un parcours similaire au départ puis qui a opéré un virage vers l'agriculture. Nous avons eu l'occasion d'apprendre à nous connaitre et d'aborder des thématiques spécifiques dans le détail, ce qui m'aide beaucoup dans ma réflexion. Echanger avec quelqu’un qui a osé se lancer malgré les difficultés est toujours rassurant. On va se rencontrer fin août puisque je viendrai aider Emeline sur sa ferme pendant 3 semaines après tout le temps qu'elle a passé à me coacher !


Des conseils aux autres filleuls ou aux agriculteurs qui pourraient-être parrains ?


Emeline : rester ouvert dans les deux cas. Beaucoup de jeunes ont envie d’aller dans les micro fermes, ont beaucoup d’a priori, n’osent pas aller se former dans le conventionnel. Or il y a des bonnes et mauvaises expériences à prendre partout. On m'a reporté de très mauvaises expériences en fermes bio et inversement. Pour les agriculteurs, je leur conseillerais de s’ouvrir aux néoruraux. Ils sont très frileux, je l’ai senti comme ouvrière agricole. Les deux mondes doivent s’ouvrir !

Joanna : je suis vraiment d’accord sur le fait que ces mondes se rencontrent. Les néoruraux ont une vision, de nouvelles idées à apporter. Il y a de la place pour tout le monde et il faut rester ouvert.

Pour les filleuls qui sont en démarche de reconversion, je leur conseillerais de prendre du recul sur les contenus disponibles sur Youtube. C’est important de faire des stages, chaque installation est différente. Avoir un petit pécule financier aussi, ça change les conditions. Il faut faire attention, aller creuser. Tout n’est pas beau et rose et certaines personnes ont une image utopique. Pour en vivre, le rythme est très soutenu. Il faut aussi mettre à profit les connaissances acquises par le passé dans le projet. Ne pas faire fi de son expérience passée.

Constatez-vous une montée en puissance des reconversions ? Quelles sont les tendances ?


Emeline : Oui clairement. Il y a eu une montée en puissance des inscriptions en BPREA depuis le confinement. Est-ce que c’est lié ? Il y a eu un engouement et une tendance portée aussi par la collapsologie. A voir dans la durée. Il y a de plus en plus de demandes, mais de vraies difficultés en matière de transmission du fait du foncier. Un décalage entre l’offre (grandes exploitations) et la demande (petites surfaces). Une solution : s’installer à plusieurs, mais les projets collectifs sont de vrais défis, demandent d’autres compétences, et d’autres énergies. La place des femmes est aussi un enjeu. Il y en a beaucoup dans les reconversions et il faut faire évoluer les regards. Je l’ai bien senti lors de visites de commerciaux ou de techniciens, qui demandaient à voir mon associé !

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