• Emmanuelle Coratti

4 paradoxes, 4 défis et 1 projet...

Mis à jour : avr. 14



Nous lançons aujourd’hui Back To Earth dans un contexte des plus inédits. Voilà quelques mois maintenant que le projet mûrit. Le constat de départ qui nous avait fait démarrer l’aventure fin 2019 résonne aujourd’hui très particulièrement dans cette période de confinement et d’interrogation sur notre souveraineté alimentaire. Je partage avec vous avec quelques mois de « retard », notre lecture des paradoxes de notre modèle de développement et les défis que nous allons devoir collectivement relever…

Paradoxe n°1 :

- Une société vulnérable, en particulier sur le volet de l’autosuffisance alimentaire...

- Pourtant la France a des ressources mais celles-ci sont aujourd’hui inadaptées aux risques.


Une simple rupture d’approvisionnement énergétique, ou un blocus routier suffirait à priver la population du minimum vital en quelques jours. La ville de Paris, ne dispose par exemple que de 3 jours de réserve de nourriture.


Je partage avec vous cet extrait de la stratégie de résilience de la mairie de Paris (2017), qui sonne aujourd’hui comme une prémonition


« Face aux nombreux défis du XXIème siècle, à la crise du modèle économique, aux multiples fractures, sociales, économiques, territoriales, culturelles, communautaires, confrontés au retour de la menace terroriste, aux tensions géopolitiques mondiales et à l’augmentation prévisible des flux migratoires, mais aussi face au saut dans l’inconnu que représentent le dérèglement climatique et la raréfaction des ressources pour nos sociétés, la pertinence de l’approche résiliente semble aujourd’hui indispensable. Celle-ci n’est pas issue d’un effet de mode, elle redevient évidente quand l’avenir est incertain. » Extrait de la stratégie de la résilience de la mairie de Paris – 2017


« La France est une puissance agricole, parvenant à produire beaucoup de nourriture par rapport à son nombre d’habitants ; mais cela ne dit pas grand chose de sa capacité réelle à nourrir ses propres citoyens en temps de crise. (…) La surface agricole utile en France étant de 28,2 millions d’hectares[4], il y aurait donc a priori assez de terres agricoles pour nourrir les 67 millions de Français. ». « La France est certes excédentaire en production de blé par rapport à ses besoins » elle ne produit à l’inverse que « 59 % des fruits qu’elle consomme. Selon l’INSEE, en 2012, 21 % de notre alimentation était importée et les aliments parcouraient en moyenne 3 000 km entre leur lieu de production et leur lieu de consommation. » (source Cultures et compagnie).


Paradoxe n°2 :

nous assistons à une baisse du nombre d’exploitations et d’agriculteurs alors que nous n’en avons jamais autant eu besoin.


Une ferme disparaît toutes les quinze minutes en France.


« En 1946, à la sortie de la guerre, 36,4 % des personnes en âge de travailler étaient dans l’agriculture. Une famille de paysans nourrissait deux autres familles. Aujourd’hui, seulement environ 2,5 % de nos emplois sont dans l’agriculture. Un agriculteur nourrit donc 40 familles.

Nos concitoyens urbains doivent prendre conscience que s’ils ont des métiers intellectuels, dans le tertiaire, la santé, l’enseignement ; c’est parce qu’ils ont délégué à ceux qui sont restés aux champs, la production de nourriture. »

Nicolas Jaquet, paysan bio, est président de France grandes cultures. Les échos, 5 septembre 2019

Or la politique agricole européenne est en contradiction avec une économie basée sur l'emploi.

1 million d’emplois agricoles disparaissent tous les 3 ans en Europe. Le recul de l’agriculture paysanne s’accélère : en 10 ans, l’Europe a perdu 4 millions d’exploitations agricoles, à 95% des petites fermes. (source Terre de Liens)


En France une ferme disparait toutes les 15 minutes (source Ville résiliente)

Les chiffres des suicides chez les agriculteurs sont alarmants et la réalité est encore plus sinistre pour une profession frappée par la solitude des exploitants, les conditions de vie difficiles, mais aussi les difficultés financières récurrentes. Ce serait plus de deux suicides par jour, selon les chiffres de la Mutualité sociale agricole parus cet été. Elle évoque 605 suicides chez agriculteurs, exploitants et salariés.

Paradoxe n°3 :

Si le phénomène des néoruraux s’amplifie (vers un exode urbain ?), le retour à la campagne reste freiné par les questions de l’emploi, des transports et des commerces

Le phénomène des néoruraux : une opportunité pour les campagnes, un enjeu sociologique

Après deux siècles d’exode rural, et le départ vers les villes de 12 millions de personnes, un basculement aussi discret que profond est en cours. Depuis les années 1970, en effet, 4,5 millions de personnes ont fait le chemin inverse, selon les calculs de l’urbaniste et démographe Pierre Merlin.

« Par ailleurs, si l’enthousiasme autour de l’arrivée de ces nouveaux ruraux est légitime – car ils apportent de la nouveauté, des projets, et des idées –, l’arrivée de 4,5 millions de personnes n’est pas neutre pour les territoires ruraux et pour leur composition sociologique. En effet, elle accompagne, voire encourage, un double processus de paupérisation et de gentrification des campagnes. » (…) « les gentrificateurs » ont tendance à modifier l’habitat (rénovation des maisons, embellissement des jardins...) et à faire évoluer les commerces, ou plus encore les paysages. Avec le risque d’entretenir des pratiques d’entre-soi, réservées aux néoruraux ». « Les flux de nouveaux habitants participent à redynamiser les campagnes mais peuvent aussi déliter l’équilibre social qui caractérisait ces territoires. L’enjeu est donc de réussir le pari de la mixité entre « nouveaux » et « anciens », pour que les campagnes ne perdent pas leur âme».

(source : L’appel du rural, Alternatives économiques, 15/03/19)

Mais la majorité des collectivités rurales sont en peine d’attractivité

Au cœur des enjeux : l’emploi non agricole, le maintien des commerces et services, l’accessibilité

Pour devenir parfaitement désirable la campagne doit intégrer les nouveaux codes de vie au vingt et unième siècle

Une opportunité : les nouveaux modes de travail et les technologies.

https://www.lemonde.fr/smart-cities/article/2018/05/15/le-coworking-s-etend-aux-zones-rurales-et-periurbaines_5299037_4811534.html

Si ce début d’exode urbain représente une opportunité, il pourrait demain en cas de crise alimentaire urbaine s’accélérer et devenir subi.

Aujourd’hui on observe les prémices d’un exode urbain. Si les crises énergétiques mettaient prochainement à mal la survie dans les villes, on pourrait assister à un exode urbain subi.

Il convient donc d’encadrer ce phénomène naissant, représentant à aujourd’hui une véritable opportunité, mais qui pourrait devenir demain une crise migratoire peu gérable.

« Si l’on se soucie de plus en plus d’autonomie énergétique, de production locale (agricole mais pas que) et de circuits courts c’est que ce sont les antidotes « naturels » aux dangers de l’interdépendance et de la dépendance aux lointains.

En juin 1940, l’exode de 10 millions de personnes vers les campagnes s’est déroulé sans trop de violence entre ruraux et urbains, parce que, partout en France, leur arrivée a été supportable pour les populations locales. Un français sur trois travaillait la terre et l’on produisait et trouvait partout de quoi survivre sans trop dépendre d’approvisionnements extérieurs.

Aujourd’hui, cette forme de résilience (ou capacité à résister aux chocs) est mise à mal, certes. Mais des maires et des communes à la pointe ainsi que diverses initiatives citoyennes, expérimentent et mettent en place un peu partout des formes puissantes et totalement inédites de résilience. Le monde de demain ? » Source SOS maires

Paradoxe N°4 :

Les risques écologiques aujourd’hui sont aujourd’hui médiatisés et les alertes des scientifique multiples mais les réactions ne sont absolument pas à la hauteur des enjeux .


Les rapports chiffrés et l’annonce de catastrophes ne déclenchent pas l’action attendue ! Nous ne développerons pas ici ce point tant il est évident mais appelle à une autre forme de mobilisation. Les artistes n’auraient-ils pas leur part, dans leur capacité à toucher ce qu’il y a en nous de plus profond et de plus vital.

Ces 4 paradoxes nous mettent face à 4 défis :

Défi n°1 :

Repenser les stratégies alimentaires agricoles territoriales pour renforcer l’autonomie alimentaire et limiter l’impact sur l’environnement


Défi n°2 :

Faire évoluer, valoriser et transmettre nos savoir-faire agricole et paysans


Défi n°3 :

Proposer un nouveau vivre à la campagne pour attirer des citadins et permettre leur intégration.


Défi n°4 :

Toucher les citoyens et le mobiliser autour de la défense de nos terroirs

Un projet :


C’est sur la base d’une conviction que nous lançons aujourd’hui Back To Earth :

les défis étant complexes, nous ne pourrons les relever que de manière collective et collaborative.


Nous lançons donc un Think and Do Tank, sur le thème du « Retour à la Terre ».


Une multitude d'initiatives existent autour des enjeux de :

- transformation du monde rural et agricole

- résilience alimentaire

- transmission des savoirs paysans

- défense des paysans et village

- protections du vivant et des terroirs

Ces initiatives aujourd'hui dispersées perdent de leur puissance. Back To Earth propose de relier ces initiatives en animant une communauté par des rencontres et du digital pour croiser des mondes aujourd'hui parallèles : recherche (géographie, sociologie,économie, agroécologie), associations, entreprises, financeurs, artistes, collectivités, media.


Notre projet est ambitieux : créer un mouvement de fond autour du retour à la terre et proposer un nouveau vivre à la campagne, inscrit dans une grande "modernité" et répondant aux impératifs de l’urgence écologique.


Nous poursuivons notamment 4 objectifs :


- De la production de données pour alimenter les politiques publiques, du plaidoyer

- La production par l'intelligence collective de nouveaux modèles désirables, leur expérimentation,

- L’accélération de projets déjà existants (duplication, amplification, financement médiatisation

- La mobilisation des citoyens

Nous vous invitons dès aujourd’hui à rejoindre le mouvement : www.backtoearth.fr.

Que vous soyez agriculteurs, citoyen citadin, association, financeur, chercheur, artiste engagé, journaliste, entrepreneurs, nous vous invitons à rejoindre notre communauté et vous donnons d’ores et déjà rendez-vous pour nos premières rencontres nationales (prévues premier semestre 2021, si le coronavirus le permet).

Merci de votre lecture attentive. Nous comptons sur vous !

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